Corps en mouvement, corps en travail: une mise en image

L’occasion de réaliser le montage photographique « Corps en travail, corps en mouvement » m’a été donnée par la rédaction d’un texte en préparation (à paraître dans le n° 3 de la revue Agencements – Recherches et pratiques sociales en expérimentation, Editions du commun), dont je livre ici un extrait.

Voir: Corps en mouvement, corps en travail


 

L’engagement des corps

La valorisation des corps et des capacités physiques qui existe ici m’apparaît de même nature que celle qui est reconnue dans le domaine des pratiques sportives ou artistiques, le travail n’excluant pas la sensualité des corps en mouvement.

Les scènes du chantier donnent parfois à voir des « ballets » improvisés. Les corps, les gestes, les rythmes s’harmonisent pour déplacer les éléments les plus lourds du mobilier en construction, ou pour tendre des cordes. Une « danse » s’exécute pour tasser la terre autour d’un poteau qui vient d’y être planté, à l’aide d’un second poteau de bois pris à « bras le corps » et frappé au sol en un rythme régulier. Le plaisir de cet « engagement des corps » est perceptible.

La manipulation de la matière semble procurer un égal plaisir : les objets naissent de la transformation et de l’agencement progressif du bois brut, les corps se glissent entre les éléments des constructions, s’allongent en dessous et parfois se perchent tout en haut. Les photographies que je réalise en « gros plan » révèle également un « ballet », permanent mais plus discret, celui des mains et des outils. Je cherche aussi à saisir le travail de quelques machines impressionnantes, dont la tronçonneuse qu’un habitant du quartier Degroote manie avec une dextérité remarquable. Il aligne de lourds rondins de bois, en travers de celui qu’il a posé au sol, et les découpe l’un après l’autre en quelques secondes. La machine tonitruante mord le bois et projette des gerbes de copeaux dans la lumière du soleil.

En observant longuement ces images au travers de l’objectif, je ressens une certaine fascination pour ces engins « spectaculaires ». J’observerai plus tard, avec amusement et complicité, l’attrait suscité par l’arrivée sur le chantier de quelques puissantes machines perfectionnées. Les hommes se rassemblent autour du camion, se passent les machines de main en main, les essaient en poussant des exclamations, pausent devant l’appareil photo. Ils plaisantent en se comparant à des enfants devant un arbre de noël. La symbolique guerrière et virile attachée à ces « jouets » ne leur échappe pas, ils la mettent en scène ouvertement et rient de leur propre jeu.

 

2 Comments

  1. EnRue

    La question qui se pose est : qu’est-ce qu’un corps au travail ? qu’est-ce que le corps au travail ? Martine évoque une poésie, voire une poétique du « travail du corps » entre corps de ballet (tous les corps au travail en même temps, comme un seul corps – corps humains/corps machines) et ballet de corps (chaque corps à sa tâche – corps humain /corps de machines)…..Matières à réflexion….

  2. Pingback: L’espace public en gestes (et en paroles) | Pascal NICOLAS-LE STRAT

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